16 octobre 2019
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SEDRATA D’AVANT ET DE MAINTENANT !

Nous, Sédratiens, aimons cultiver le paradoxe : Sédrata, seule municipalité algérienne avec des élus de gauche… et un maire islamo-opportuniste.
On n’a pas voté pour élire à la municipalité le pharmacien des pauvres, si Abdelhamid Lahlou, modèle d’honnêteté, d’intégrité, fin connaisseur de la flore locale et de l’archéologie romaine ,véritable encyclopédie : il maîtrisait le latin, le français, l’arabe et le kabyle.
A l’emplacement de l’ancien marché à bestiaux, RAHBA, on y a construit une école primaire et on lui a donné le nom de Cheikh Belgacem Bechichi El Oudjani. Ce dernier est membre fondateur de l’Association  des Oulémas Musulmans. Imam et  bâtisseur de la première mosquée du village, qui porte son nom, il a été le fondateur de la première medersa où l’on y a enseigné l’arabe, le fikh et l’histoire de la civilisation arabo-islamique. 
Depuis, le village a connu bien des changements. Il s’est ruralisé, bédouinisé, pour devenir un gros bourg sans verdure, sans plan, sans charme, sans équipements collectifs.
Les champs de blé l’entourant ont été « bâtimisés ».  La rivière, prenant sa source sur les versants du douar El Meïda, où Berzegane y pêchait anguilles, carpes et mulets, traversait  les terres et permettait l’irrigation des jardins maraîchers. Elle est, aujourd’hui, devenue un égout à ciel ouvert.
Les mares, Bahroun, Guelta Zerga et Baïr, où on pouvait s’y baigner en été,  se sont asséchées. Les sources d’eau fraîche, Ain Sedra, Mordj Kehil ont tari.
L’église a été détruite.  Le cimetière chrétien aussi.  La mosquée, élément marquant du patrimoine, a été défigurée. La salle des fêtes, telle un blockhaus,  n’a plus l’allure d’un lieu de fête. L’hôpital colonial, aujourd’hui sans tuiles, a été scalpé et abandonné. Les pierres taillées des trottoirs ont été  remplacées par des blocs de ciment. Les pins centenaires de l’ancienne sous-préfecture ont été arrachés  pour y construire à la place… des bureaux.   Ajoutons à cela, le marché couvert  découvert et le quartier des forgerons sans forge.
Quelle malédiction ! Tout ce qui peut rappeler le passé a été transformé, défiguré ou tout simplement anéanti. Que dieu sauvegarde, de ces Vandales des temps modernes, les ruines de Khémissa !
La  librairie de Ammi Kadour, avec ses livres, ses journaux, ses BD, n’existe plus. Là, on pouvait y rencontrer Kateb Yacine, Claude Lien, Amar Tlili, Saïd Abid, Salah Soufi, Slimane Ouameur, Azzag El Ouaer, Bahia Mehaïa, Mr. Tassar, mais aussi des flics, des militaires, des médecins, des ouvriers, des marginaux. Aujourd’hui, ce lieu emblématique local de la culture, est devenu une quincaillerie. 
Je garde encore en mémoire, Ammi Mohamed Aouaïfia. Cet homme a été de tous les événements. Il a été militant PCA, militant nationaliste, officier de l’ALN, acteur d’une célèbre évasion du sinistre camp d’internement d’El Jorf dans la région de Msila, bricoleur de génie et surtout un grand polémiste.
En matière vestimentaire, ce n’est plus comme avant. Les haïks, les mlayates et les abayates  sont remplacés par le hidjab. Le kamis a pris la place des gandouras des kachabias et des burnous.  le chech, la raza et le kabous sont supplantés par la araguia.
Les terrains de jeu – Dakha, Basket, Nigro – ont été bétonné et bitumé.   
Chut…. On a restauré et réhabilité …la prison coloniale. On a aussi construit un nouveau tribunal, une nouvelle gendarmerie, un nouveau commissariat de police et une nouvelle mairie. Cette dernière est  probablement la bâtisse la plus moche de tous les temps.
On a méprisé les talentueux Yacine Kateb, Tahar Ouettar. On a oublié Si Maamar Boubekeur, Si Abdelaziz Djedri, Cheikh Si Bechiech et Si Mohamed Mellal. Ces hommes ont été de véritables militants dans le domaine de l’éducation. Ils ont assuré une formation de qualité à plusieurs générations et pour eux les « cours supplémentaires » étaient obligatoires, mais gratuits.  
Nos écoles coraniques, -celles du Cheikh Belgacem, Si Sebti, Si Khelifa, Si Ali- ont disparu. On y apprenait le coran et la langue arabe.  Elles servaient aussi de garderies et évitaient aux jeunes et moins jeunes l’errance.
Le stade de foot, héritage du sinistre plan de Constantine, porte le nom d’un des premiers Chahid de Sedrata : Oufroukh Tahar. Il ressemble à un champ de blé en jachère.
Dans le domaine sportif, nous avions nos stars, à commencer par Ami Brahim Allab, véritable homme-orchestre,  joueur, président, mécène, coéquipier de Lakhdar Balla Balla, Khaled Djaafria, le « Khali » de tout  le village. Tous les gamins de mon âge  se souviennent des exploits de Allaoua Dangé (diminutif de dangereux), de Mahmoud Bousseg (la sauterelle en raison  de sa grande taille) et des gardiens de but comme Ahcene Gasmi, Titi et Youcef Direction.
Dans le domaine artistique, tout le monde connaissait Michela ou Michelin. Michela ou Michelin, illustre Zornazi, en soufflant dans sa Zorna a les joues qui se gonflent comme les pneus de la célèbre marque.
Je viens de lire la chronique de mon ami Yacine Lahlou sur la célébration  internationale de la journée de la  « mairie ». Yacine a aimé et apprécié positivement la participation de citoyens à l’exposition d’outils anciens  et de photos. Je ne partage malheureusement  pas la joie de Yacine, puisque aucun hommage n’a été rendu  aux anciens responsables municipaux  vivants et surtout morts. J’ai appris que nos fonctionnaires ignoraient l’histoire de Sedrata, de même qu’ils ne savaient pas qu’avant décembre 1967, les municipalités étaient administrées par des délégations spéciales et dont les responsables ont été : Si Achour Malek (Allah yarhamou ), Ammi Moussa Khadraoui (Allah yarhamou ), Si Abdelmadjid Rouag (Allah yarhamou ) et enfin Si Larbi Ouameur (Allah youtawel oumrou).
Á bientôt, pour d’autres souvenirs ou d’autres cauchemars.
Par MOURAD DE OUED EL AAR.

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